Bonne pioche
Avec ma mère au téléphone. On en vient aux messages louches que mes parents reçoivent parfois sur leur boite mail. Genre qui te promettent une grosse somme d’argent ; ou bien ta banque te contacte pour une “erreur de viremant, envoyé nous d’urgensse votre numéro de carte blue et votre mots de passe”. Faut jamais répondre à ces messages-là, hein ; jamais.
— Ah ça non ! me dit ma mère.
— Parce que c’est des arnaques.
— Oh, on a bien compris. L’autre jour, Jocelyne nous a raconté qu’elle avait reçu un message soit-disant de sa cousine qui lui demandait des sous, elles les a envoyés, hé bé c’était une escroquerie. Pourtant c’était bien son adresse mail.
— Voilà. Une amie, ta banque, peu importe : jamais tu donnes ton code ou ton numéro de carte bleue. À qui que ce soit. Jamais.
— Hé bé non !
Jamais. Ça non.
Et puis le lendemain.
(Pas une semaine après, ni deux jours après. Le lendemain.)
Ma mère me rappelle. Ce matin ils ont eu un gros problème avec l’ordinateur. En l’allumant, catastrophe : l’écran criblé de messages d’alertes, ça clignote en rouge avec des tut-tut de partout, votre ordinateur est bloqué ! votre ordinateur est bloqué ! et même un bruit de sirène, on s’entendait plus parler. Impossible de rien faire. Heureusement, pour débloquer la situation, y avait un numéro qui s’affichait : celui du numéro du Centre National de la Lutte Impitoyable contre les Virus.
Ma mère a appelé ce numéro. (Avec mon père à côté qui se rongeait les ongles jusqu’au poignet. Mais mon père est quasiment sourd, il peut pas téléphoner ; il peut juste angoisser, c’est tout.) Elle est tombée sur un technicien, un gars compétent à la voix compétente, genre prix Nobel des anti-virus, qui lui a expliqué que, pas de problème, il savait comment faire et allait débloquer l’ordinateur. Contre une somme de 500 euros. Juste 500 euros. Non, après, il demanderait rien d’autre ; aha, nous on fait pas ça, on vous dépanne, c’est tout. Est-ce que vous pouvez me donner le numéro de votre carte bleue, madame ?
Ma mère lui a donné son numéro de carte bleue.
Ainsi que le code.
— Le code. T’as donné à ce type ton numéro de carte bleue, et le code.
— Hé bé oui, qu’est-ce que tu veux que je fasse ?


Naaannnnnn. On est frère ?
OMG!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!